Anne Pauly (1850 - 1936)
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Anne Pauly naît le 29 octobre 1850 à Haute-Kontz (Moselle). Ses parents sont Matthias Pauly et Anna Oberhausen, natifs de Haute-Kontz et germanophones (5). Sa langue maternelle est donc le francique mosellan, très proche du luxembourgeois.
La famille Pauly compte également deux autres enfants, Marguerite, la grande soeur d'Anne, ainsi que son frère Hubert.
Anne a sans doute pu profiter durant son jeune âge d'une instruction qui s'était répandue sous le Second Empire partout en France et notamment en Moselle. Le temps passé à l'école primaire était malheureusement très court, souvent deux à trois années, ce qui explique que les enfants n'acquéraient que des connaissances sommaires et incomplètes. Le problème était accru en Moselle dialectophone où les enfants étaient souvent confrontés pour la première fois au français en arrivant dans leur salle de classe !
Suite au décès de son père en 1864, alors qu'elle n'a que 14 ans, puis au mariage de sa sœur Marguerite avec Jean Even vers 1865, Anne se sent bientôt "exploitée " par son beau-frère qui joue le rôle de nouveau maître de maison. Elle quitte alors le domicile familial et s'engage comme servante à Thionville (Moselle) au service d'une famille aisée originaire de Nancy (1).
Anne est logée et nourrie par cette famille dont elle a conservé un bon souvenir durant toute sa vie. Au début de ce travail, sa mère se rendait à la fin de chaque mois à Thionville pour se faire remettre le salaire d'Anne. Par la suite, la "patronne " d'Anne s'oppose à cette pratique et dépose l'argent gagné par la jeune bonne sur un livret d'épargne personnel. Durant cette période qui n'a duré que quatre à cinq ans, Anne a beaucoup appris, notamment à pratiquer le français. Elle apprend également à se débrouiller dans les multiples situations de la vie (1).
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La guerre franco-allemande de 1870 brise cette situation. Suite à la défaite de la France, une grande partie du Nord de la Lorraine est annexée par le Reich allemand en 1871. La famille francophone qui employait Anne quitte donc Thionville, rebaptisée Diedenhoffen, et retourne en France. Anna aurait aimé accepter leur proposition de les accompagner mais elle reste sur place pour ne pas s'éloigner définitivement de sa mère (1).
Peut-être connaissait-elle également déjà le jeune Jean-Baptiste Keichinger qu'elle épouse le 3 octobre 1872 à Uckange (Moselle), où elle a repris un travail de domestique. Le couple acquiert une modeste maison dans cette ville (1).
Les deux jeunes gens ayant grandis durant l'époque de la Moselle française restent durant les 48 années de l'annexion allemande de " fanatiques " patriotes français (2).
Plus tard, Anne accueillit chez elle sa mère devenue infirme et prit soin d'elle jusqu'à sa mort à 95 ans en 1916 (1).
Elle était la marraine de son petit-fils Nicolas Keichinger, d'où son surnom de " petite marraine ". Une anecdote raconte que Nicolas, très espiègle vers l'âge de 10 ans, prit une chèvre de sa petite marraine, l'emmena et la fit rentrer dans la maison d'un voisin ce qui entraîna un " scandale " dans le village (3).
Anne aida dans les années 20 sa fille Marie pour le ménage de sa maison et ses lessives. Elle retournait chez elle le soir. Vers la fin de sa vie, elle accepta de rester définitivement chez elle afin de ne pas se retrouver seule la nuit (1).
Du point de vue du caractère, Anne aurait eu la réplique prompte et un caractère assez indépendant. Au niveau de l'éducation de ses enfants, elle n'était pas très à cheval sur l'habillement et la correction corporelle. Anne recommandait vivement de ne jamais battre un enfant qui avait un accès de fureur … mais plutôt de lui jeter de l'eau froide à la figure, remède qui pourtant ne réussissait pas toujours ! (1).
A l'occasion, elle faisait preuve de bon sens. Un riche propriétaire d'Uckange avait eu un enterrement avec onze curés (!!), ce qui provoqua l'indignation de beaucoup de petites gens honnêtes. Pour Anne Keichinger cela ne posait pas de problème : " Si sa vie a été mauvaise, les onze curés ne le sauveront pas, si sa vie a été bonne, un seul curé aurait suffit " (1).
Dans son ménage, c'est Anne qui gérait les finances et surveillait très étroitement le salaire et les dépenses de son mari. Elle vérifiait ainsi systématiquement chaque paie jusqu'au dernier pfennig ... il ne manqua de l’argent qu’une seule fois et Jean-Baptiste ne lui indiqua jamais ce qu’il en avait fait. Anne le harcela jusqu’en 1918 alors que Jean-Baptiste était sur son lit de mort ... mais il ne dit jamais rien ! (3)
Nicolas Keichinger qui la voyait encore un peu au début des années 30 lui avait présenté sa fiancée Alice. D'après elle, Anne était une femme intelligente et gentille avec qui " il était possible de discuter ". Anne était gourmande et Alice lui apportait des bonbons ce qui était apprécié (4).
Anne Pauly décède le 26 mars 1936 à l'âge de 85 ans (6).
Sources familiales :
1 : Antoinette, Félicie et Jean Bemtgen, petits enfants de Marie Keichinger
2 : lettre de Nicolas Keichinger datée du 9 octobre 1933
3 : Nicole Morel, arrière-petite-fille d'Anne Pauly
4 : Alice Keichinger
Sources de l'Etat-civil :
5 : Etat-civil de Haute-Kontz
6 : Etat-civil d’Uckange
Marie et Félix Keichinger vers 1888.
Ce cliché a été pris par le photographe Thiriot à Malzéville près de Nancy. Cela indique que les Keichinger fréquentaient sans doute encore la famille qui avait employé Anne Pauly à Thionville avant 1870 et était retourné vivre à Nancy après l’annexion de la Moselle.
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Une fois installée à Uckange, Anne cultive un champ que l'administration communale mettait à la disposition des familles qui ne disposaient pas de terres. Elle élevait également jusqu'à deux chèvres et peut-être du petit bétail (1). Leur fille Marie naît le 4 août 1873, puis Félix Jean-Baptiste qui vient au monde le 7 septembre 1881 au domicile familial d'Uckange.
N’ayant que deux enfants à charge, Anne disposait de temps pour effectuer de menus travaux de ménage, de cuisine et de couture. Ses activités lui permirent de constituer des économies (1).
Acte daté du 18 août 1875, signé entre Anne Pauly, Jean-Baptiste Keichinger et Anna Oberhausen relatif à des ventes de biens. Cet acte porte les signatures d’Anne et de Jean-Baptiste.
Anne Pauly et Jean-Baptiste Keichinger, sans doute en 1914
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