Jean-Baptiste Keichinger (1848 - 1918)
Jean-Baptiste Keichinger est né le 1er mai 1848 à Bertrange (Moselle). Il est le plus jeune des sept enfants de la famille Keichinger. Ses frères et sœurs étaient par ordre de naissance (4) : Marie née en 1834, Antoinette (1836), Jean-Pierre (1838, mort en 1843), Barbe (1840), François (1842) et Jean-Pierre (1844). Leur père Pierre Keichinger, né à Bertrange le 10 septembre 1800, était laboureur (6). Leur mère Marie Holstein était également née dans ce village le 24 décembre 1805 (4).
Nous connaissons la description de son père qui fut inscrit au registre d'incorporation de l'armée française le 20 septembre 1821 sous le matricule n°110 et sous le nom de " Pierre Kaikinger " : taille 1m71, yeux gris, nez moyen, menton rond, visage ovale, bouche petite, cheveux couvrant le front et sourcils châtains, teint coloré. Profession indiquée : propriétaire (3). Incorporé dans le 1er régiment d'infanterie de la garde royale le 10 mars 1822 pour son service militaire (3), Pierre participa sans doute à l'expédition d'Espagne en 1823 (campagne de l'armée française qui rétablit sur son trône le roi d'Espagne après la prise du fort du Trocadéro à Cadix).
Les six enfants de la famille Keichinger ont le malheur de perdre leurs parents durant le mois de janvier 1856. Pierre Keichinger décède le 16 suivi de sa femme le 25 (4). Ces décès très rapprochés indiquent une origine épidémique. Le fait que les enfants n'aient pas été atteints fait pencher pour le typhus, maladie souvent bénigne pour les plus jeunes mais extrêmement grave pour les adultes. Le typhus, aujourd'hui éradiqué en Europe, est transmis par le pou du corps, espèce particulière liée à l'absence d'hygiène, qui se développe dans les vêtements portés sur de longues périodes sans être nettoyés…
Suite à ces décès, il est probable que les frères et sœurs les plus âgés ont subvenu aux besoins des plus jeunes et notamment de Jean-Baptiste, âgé seulement de sept ans. Il semble d'après la chronique familiale (1) que Jean-Baptiste ait néanmoins été désavantagé lors du partage de l'héritage. Ses relations avec ses frères et sœurs restés à Bertrange ont par la suite été assez distantes (1).
Jean-Baptiste a été élevé à Bertrange, village situé sur la frontière linguistique dont les habitants parlaient à la fin du XIXe siècle le “Heckefranseïsch” (français des haies, c’est à dire le français des frontières). Il s’agissait d’un patois de français mélangé à des tournures franciques (1). Jean-Baptiste a par la suite appris un français plus classique à l’école primaire.
Jean-Baptiste effectue son service militaire à l’âge de vingt ans à partir de 1868. Il est probable qu’il ait choisi de l’effectuer de façon volontaire (à cette époque, le service militaire n’était pas universel mais un tirage au sort ne sélectionnait qu’une partie d’une classe d’âge). Son service d’une durée normale de cinq ans a été interrompu par la guerre de 1870. Jean-Baptiste a nécessairement été mobilisé et a participé à cette guerre. Nous ne savons pas pour l'instant dans quelle unité il a servi. Après la fin des hostilités, il a été remis à la vie civile.
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Suite au conflit et devenu allemand, Jean-Baptiste épouse Anne Pauly le 3 octobre 1872 à Uckange (Ueckingen). Le jeune couple s’installe dans le village. Leur fille Marie vient au monde le 4 août 1873 puis Félix Jean-Baptiste naît le 7 septembre 1881 au domicile familial d'Uckange.
Nous avons pu rassembler quelques anecdotes sur la vie de Jean-Baptiste :
Pour son travail, Jean-Baptiste était obligé de rester à genoux pendant des heures, il demandait donc à sa femme de capitonner ses nouveaux pantalons aux genoux en y cousant des morceaux de tissus épais. Après un certain temps, d'autres étaient rajoutés et formaient de véritables cousins (1).
Jean-Baptiste employait des méthodes étonnantes pour préserver sa santé ! Il ramassait les clous sur les chemins, sa femme les nettoyait soigneusement, puis elle les faisait bouillir dans une marmite. Une fois l'eau refroidie, Jean-Baptiste la buvait pour fournir à son corps la quantité de fer nécessaire pour reconstituer ses forces épuisées après un dur labeur ! (1)
Jean-Baptiste était fier de sa belle dentition, ce qui lui permettait de casser avec les dents des noix et des noisettes pour ses petits-enfants (1), notamment Nicolas Keichinger dont il était le parrain.
Jean-Baptiste aimait les cuisses de grenouilles. Il était une fois parti en attraper très tôt avant le lever du soleil avec une lanterne. En rentrant, il avait laissé le sac dans lequel elles étaient enfermées à la porte d'entrée de leur maison dans une cour commune. Peu de temps après, une voisine matinale qui venait d'ouvrir les volets de sa maison, alarma tout le petit quartier par ses cris : " Miracle cette nuit il a plu des grenouilles ! " (1).
La famille Keichinger parlait français dans son ménage et surtout auprès de ses enfants (1). Durant le service militaire de son fils Félix de 1903 à 1905, la famille Keichinger habite toujours Uckange (alors rebaptisé de son nom allemand Ueckingen). Jean-Baptiste, qui était surnommé le " long Baptiste " à Uckange (1), est alors journalier.
Jean-Baptiste est atteint d'une maladie grave durant la première guerre mondiale alors que son fils se trouve sur le front russe. Cette maladie est sans doute aggravée par les terribles privations que subissent les civils allemands durant la seconde moitié de la guerre, notamment du fait du blocus allié. Jean-Baptiste Keichinger mourant et qui s’inquiète pour son fils toujours au front, décède le 7 décembre 1918 seulement quelques heures avant que Félix n’arrive à Uckange après avoir enfin été libéré de ses obligations militaires (6) !
Sources familiales :
1 : Antoinette, Jean et Félicie Bemtgen, nièces et neveux d'Elisabeth Roth
2 : Nicole Morel, arrière-petite-fille de Jean Baptiste Keichinger
Sources de l'Etat-civil :
3 : Archives Départementales de la Moselle - Dossier 2 R 28 : documents militaires de l'armée française, année 1821, registre matricule départemental
4 : recherches de Pierre Keichinger, arrière-petit-fils de Jean-Baptiste Keichinger
5 : recherches de Jean-Marie Keichinger, arrière-petit-fils de Jean-Baptiste Keichinger
6 : état-civil d’Uckange
Registre-matricule départemental du département de la Moselle, année 1821 (3)
Signature de Jean-Baptiste en 1878. Il orthographiait systématiquement son nom Keicheinger
Anne Pauly et Jean-Baptiste Keichinger vers 1914.
Photo prise à Diedenhofen (Thionville)
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Jean-Baptiste a exercé plusieurs métiers au cours de sa vie. Il est tout d’abord “garçon brasseur” à Uckange en 1872 (5) sans doute à la brasserie Ensel, fondée en 1868. En 1877, il est ouvrier aux forges d'Hayange. Puis en 1881, il est qualifié de journalier. Il fut par la suite souffleur de verre à Hayange, il effectua le trajet long de dix kilomètres chaque matin et chaque soir à pied durant des années (1). En 1904, Jean-Baptiste est défini comme ouvrier-métallurgiste. Enfin, au moment du mariage de son fils le 3 février 1909, sa profession est serrurier.
Détail d’une assiette conservée depuis plusieurs générations dans la famille. Il s’agit d’une faïence de Lunéville datant de la fin du Second Empire et figurant de façon humoristique un épisode de la vie des engagés volontaires dans l’armée française. Cela correspond vraissemblablement à un souvenir du service militaire de Jean-Baptiste Keichinger.
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